Lorsque je travaille:
Je me fais silencieuse, je rentre en moi même en travaillant, je suis "dans" ma réalisation, mentalement(!) je fais corps avec elle. Souvent, je suis happée à tel point par ce que j'entreprends que je me trouve enfiévrée, dans un état second, plus rien n'existe d'autre que:
 la matière, l'espace autour et mes mains qui créent.

Pour réaliser un couple de personnages, je pars d'une seule masse de laquelle émergent les deux corps, je ne les sépare jamais totalement comme s'ils étaient imbriqués l'un en l'autre, soudés...
comme pour ne pas briser leur union, ne pas interrompre leur curieuse "danse", ne pas briser leur intimité...

Je ne parlerai pas de "transe", mais d'une bulle dans laquelle je me réfugie un moment. Le temps me semble s'arrêter et...je crois que dans ces instants, si la terre tremblait très fort, je ne m'en rendrai pas même compte.
Je me confronte à la matière (celle du papier , de la terre ou de la cire à modeler), je pars d'une masse toujours, je la travaille, je l'observe, la jauge, la tourne fébrilement entre mes doigts jusqu'à ce que j'y décèle une forme, départ d'un morceau d'anatomie de l'individu ou du couple que je vais sculpter. De cet "embryon de corps" surgit naturellement le reste du personnage, la position du (ou des) corps...c'est la cire ou la terre qui me guide, elle décide, je ne fais que regarder attentivement, elle laisse jaillir la forme amorcée, je la précise; je ne suis qu'un maillon de la chaîne. Au début est la matière!

Isa Becker-Andrès, graphiste freelance à La Seyne Sur Mer.

Graphistes freelance sur Ultra-book